Parce que lire -comme écrire-, c'est tour à tour dormir au clair de lune, se réveiller enfermé dans une maison biscornue, s'imaginer aux griffes de chauve-souris hilares...

Lire -comme écrire-, c'est s'ouvrir au monde, et peut-être avoir la chance d'y trouver une place, de s'y glisser au chaud. Clair de lune et maison biscornue ou pas.


"Pascale Perrier aborde avec simplicité et humour des thèmes très réalistes qui plaisent aux enfants." (Ricochet)

 

Edito mai 2012

En guise d'édito, voici en exclusivité (mondiale, l'exclu, attention !) le début de "Condamnée à écrire", le roman co-écrit avec Sylvie Baussier, et qui paraît le 1er juin :

La juge pour enfants m’a jeté un coup d’œil en tapotant son brushing. Sa voix forte a envahi son petit bureau, déjà plein à craquer. Nous étions cinq, face à elle : d’un côté ma mère, grande blonde en tailleur beige et au visage défait sous son maquillage replâtré à neuf, mon avocate à l’air pincé, et moi. Puis, à un mètre de nous, un petit mètre aussi infranchissable qu’un gouffre, la mère éplorée de l’autre et son avocate, qui ne nous accordaient pas un regard.

— Emma, ton acte est grave, et puni par la loi. Mais pour cette fois, pas de prison. Je te trouve bien jeune pour être enfermée... Tu vas bénéficier d’un protocole expérimental tout à fait original. J’espère que ta peine t’aidera à te reconstruire, Emma. Et à réparer. Car tu dois réparation, ne l’oublie pas.

Un « protocole expérimental » ? C’était comme une sorte de médicament, ou une opération douloureuse ? Pas question de dire que je ne comprenais pas. Plutôt mourir. La juge Pardi a ajouté plus bas :

—Voilà, tu restes en liberté, tu iras au collège. Mais tu es condamnée à écrire. Tu seras suivie par un éducateur.

La mère de l’autre s’est levée dans un raclement de chaise indigné, tandis que son avocate murmurait dans sa moustache brune, assez fort pour que tout le monde l’entende :

— Une mesure de réparation ! Et puis quoi encore ? Quelle honte ! Après ce qu’elle a fait, on ne l’enferme pas !?

 Condamnée à écrire... Pourquoi pas condamnée à pleurer une heure par jour ? C’était n’importe quoi, n’im-por-te-quoi. Qu’est-ce que je pouvais répondre ? De toute façon, l’avocate m’a quasiment mis la main sur la bouche pour m’empêcher de protester.

Moi, j’aurais préféré aller en prison. Les gens ne comprenaient pas, c’était pourtant simple : je n’en pouvais plus des élèves du collège, ces faces de rats sûrs d’eux, tous avec les mêmes fringues et les mêmes tourments d’enfants gâtés. Quant aux reproches des profs, je ne les supportais plus ; « Emma, fais un effort », « Emma, tu peux travailler mieux ». Et ma mère, si parfaite, si courageuse que j’en détestais même le mot courage. Ne parlons pas de notre appartement, digne d’un magazine de décoration, trop net, trop glacé, trop mort.

J’avais tout pour être heureuse, en somme. Sauf que... une pierre pleine de larmes, une pierre maudite et incassable avait pris la place de mon cœur. Je n’en pouvais plus. Avant... oui, avant, dans une autre vie, j’avais sans doute été une petite fille sage, écoutant sa maîtresse, lisant et dessinant, collectionnant les bonnes notes... Mais depuis, ma vie avait tellement changé. Je ne reconnaissais plus rien : ni mon père, ni mon frère, ni ma mère, ni moi. Surtout pas moi. J’avais des envies de tout foutre en l’air. D’ailleurs, j’avais presque foutu quelqu’un en l’air. Alors, le soir, en m’endormant, je rêvais que j’étais en prison. Un endroit idéal pour me cacher. Un refuge bizarre et moche où j’aurais pu faire mon trou.


Allez, bienvenue sur mon site, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, et à bientôt pour un nouvel édito... 

 

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